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Universellement
connue, la course automobile des Vingt-Quatre Heures du Mans porte officiellement
le titre de Grand Prix d'endurance, qui résume en trois mots l'objet de
cette compétition accomplir une performance à la fois sur le plan
de la vitesse et sur celui de la régularité de marche. Ses créateurs,
qui furent à l'époque traités purement et simplement de fous,
malgré leur compétence et leur renom, eurent pour intention première
l'amélioration de la race automobile. Perfectionner le moyen de transport
né trente ans plus tôt, rendre l'usage de l'automobile plus facile
et plus sûr, éliminer les pannes par le progrès qualitatif
des équipements et des accessoires, réduire les consommations d'énergie,
telle était la trame des préoccupations de Charles Faroux, Georges
Durand et Emile Coquille, réunis, en cette fin de 1922, pour définir
un nouveau type de compétition automobile susceptible d'influencer les
constructeurs.Lire la suite
Le premier, brillant technicien et journaliste
compétent, esprit universel rigoureusement scientifique, apporta au deuxième
l'exacte formule qu'il recherchait. Celui-ci, secrétaire général
du puissant Automobile-Club de l'Ouest, avait reçu du troisième
industriel de l'automobile et importateur des roues Rudge - qui entrevoyait déjà
les conséquences de cette compétition sur le plan technique - les
moyens financiers nécessaires.
Certes, l'idée d'une course de
vingt-quatre heures n'était pas originale. En 1922, année où
naquirent de nombreuses voitures populaires, le Bol d'Or avait soulevé
un flot de critiques et de sarcasmes, rapidement étouffés par les
performantes inattendues réalisées par des véhicules d'apparence
rudimentaire. Ce que les machines les plus simplistes avaient accompli dans le
cadre d'un règlement folklorique (l'enthousiasme des pilotes comprenant
le faible niveau technique), des automobiles de qualité, ou supposées
telles, produites par des industriels sérieux, devaient le surpasser.
Ce
souci de qualité se traduisit par le choix d'une course de vingt-quatre
heures consécutives et la mise sur pied d'un règlement précis
qui devait éliminer les mauvaises voitures et mettre en valeur les meilleures
réalisations. Dès les origines, les organisateurs considérèrent
la nouvelle épreuve comme le plus sévère banc d'essai roulant
qui soit, et mirent l'accent, sciemment, sur la qualité des équipements
indispensables à l'usage de l'automobile comme moyen de transport rapide
mis à la disposition du plus grand nombre : freins, accessoires électriques,
facteurs d'habilité et de confort, etc.
Les voitures concernées
répondant à ce programme étaient, à cette époque,
l'équivalent de nos GT actuelles. Les performances qu'elles furent en mesure
d'accomplir, puis celles qu'on leur demanda à partir de 1924, furent à
l'origine de modèles sport. Enfin, la possibilité croissante d'essayer
au Mans les solutions futures mit l'accent sur la catégorie des sport-prototypes,
qui trouvèrent aussi leur justification dans les performances réalisées.
Ainsi
évolua le type des voitures engagées aux Vingt-Quatre Heures. Car,
dès l'origine, le règlement admit les voitures non pas de série,
comme il est dit trop souvent, mais figurant au catalogue des constructeurs. Ces
voitures devaient être faciles à mettre en marche, posséder
de bons freins et de bons phares (à une époque où la route
de nuit était déserte), une capote pratique et efficace, un emplacement
de bagages, etc.
Ces exigences, qui allèrent jusqu'à interdire
le remplacement des pièces défaillantes si elles n'étaient
pas emportées à bord, à contraindre à rouler capote
levée ou à lancer le moteur au démarreur (alors considéré
comme un progrès capital), furent à l'origine de bien des contestations
et d'un grand nombre de ruses qui font désormais partie d'un folklore où
le tragique le dispute au comique, le grandiose au dérisoire.
On évoquera
toujours les ensablements de Mulsanne et l'absolue nécessité d'une
pelle, emportée dans la voiture ou apparue miraculeusement aux pieds du
pilote désemparé, les sandwiches « améliorés
» au stand de quelques pièces essentielles, les « chewing-gums
d'étanchéité > , les séances de course à
pied, les ravitaillements acrobatiques, les « poussettes > épuisantes
vers les stands, les pilotes britanniques venus comme en vacances et fumant leur
pipe sur les Hunaudières, les colères de Colin Chapman exhibant
aux contrôleurs la roue de secours réglementaire dépourvue
de pneu et de chambre pour gagner du poids... Vraies ou fausses, les légendes
du Mans ont la vie dure...
L'esprit de la course - plus ou moins explicité
par la lettre du règlement, parfois difficilement traduisible -, né
en 1923 de la volonté de trois techniciens sportifs, a néanmoins
survécu à toutes les vicissitudes, crises, guerres, grèves,
changement de formule, tragédies diverses qui ponctuèrent la longue
histoire des Vingt-Quatre Heures. I1 a survécu aussi à l'abandon
progressif des routes ordinaires qu'empruntait, symboliquement, le tracé
du circuit ; à celui du départ, si spectaculaire, d'une horde de
touristes particulièrement pressés et doués ; à l'apparition
des prototypes, si différents des voitures du catalogue.
Archétype
des courses d'endurance, les Vingt Quatre Heures du Mans ont servi de modèles
à de nombreuses épreuves qui n'ont jamais atteint une renommée
équivalente. Toute une ambiance y concourt : l'efficacité de l'organisation,
les centaines de milliers de spectateurs, la fête populaire, le niveau technique
des voitures, les performances humaines... Les Vingt-Quatre Heures du Mans, course-phare
périodiquement attaquée dans son principe mais régulièrement
modifiée et améliorée, demeurent un élément
essentiel du Championnat mondial des marques, même si en 1975 le maintien
d'exigences réglementaires inspirées par la tradition (limitation
de consommation, interdiction des rechanges) a exclu la grande épreuve
Mancelle de ce classement.
La première édition se déroula
les 26 et 27 mai 1923 sur le circuit de 17,62 km où avait été
disputé le Grand Prix de l'Automobile-Club de France de 1921. A cette époque,
les routes n'étaient pas encore goudronnées et c'est seulement un
traitement du sol au silicate de potassium qui évitait le soulèvement
d'une poussière trop abondante. Or, il plut, et pour la première
édition la piste était un bourbier. Cette première épreuve
ne fut considérée que comme une épreuve de qualification
pour .la course de l'année suivante, en vue de l'attribution d'une coupe
triennale dotée par Rudge-Whitworth et qui devait revenir en 1925 (après
la troisième édition) à la marque qui aurait enregistré
le meilleur résultat total. L'idée de la coupe Rudge était
due à Emile Coquille.
«Au
temps des courts-circuits»
La première édition et les
deux suivantes étaient donc des manches qualificatives qui permettaient
aux voitures qui avaient accompli un kilométrage minimal d'être admises
à la course de l'année suivante. Pour assurer la sélection
nécessaire entre les participants, les organisateurs avaient imposé
une distance minimale à couvrir en vingt-quatre heures, qui variait en
fonction des cylindrées
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km pour les voitures jusqu'à 1 100 cm3 ; 1 200 km pour les voitures jusqu'à 2 000 cm3 ; 1 350 km pour les voitures jusqu'à 3 000 cm3 ; 1 600 km pour les voitures jusqu'à 6 500 cm3. |
La
sécurité, problème de toujours
A l'origine, le tracé
des Vingt-Quatre Heures du Mans était constitué exclusivement de
routes publiques, fermées à la circulation à l'occasion de
la course. Par la suite, la construction sur les bords du circuit d'installations
fixes et d'infrastructures, destinées à favoriser le déroulement
normal de la course et la sécurité des concurrents et du public,
donna naissance au circuit dit « de la Sarthe ». Il ne s'agit toutefois
pas d'un autodrome, puisqu'il est toujours formé de routes normalement
ouvertes à la circulation, mais d'un circuit routier équipé
d'une façon permanente. Actuellement, il tend de plus en plus à
devenir permanent et privé.
Le tracé sur lequel se déroula
la première édition de la course était identique, comme nous
l'avons dit, à celui qui avait été utilisé en 1921
pour le Grand Prix de l'Automobile-Club de France. D'une longueur de 17,62 km,
il pénétrait dans l'agglomération même du Mans jusqu'au
faubourg de Pontlieue, où, avec un virage en épingle à cheveux
très serré, il s'engageait sur la route nationale du Mans à
Tours pour emprunter la ligne droite des Hunaudières.
En 1929, la longueur
du tracé fut réduite par l'élimination du dangereux virage
de Pontlieue. En 1932, avec la construction d'un raccordement dénommé
« route privée », qui passait à l'extérieur de
la périphérie du Mans, le circuit fut raccourci jusqu'à 13,492
km. Le nouveau parcours resta sans changement jusqu'en 1955, année du tragique
accident qui coûta la vie au pilote Pierre Levegh et à près
de 90 spectateurs. A la suite de la catastrophe, toute la zone des stands fut
reculée de quelques mètres de façon à permettre l'élargissement
de la chaussée. De la sorte, la longueur totale du circuit fut réduite
de 31 m et mesura 13,461 km.
En 1968, pour donner encore plus de sécurité,
on créa un virage en S de ralentissement avant la zone des tribunes. Les
travaux furent financés par Ford, dont les voitures avaient gagné
la course en 1966 et en 1967. La longueur développée du tracé
fut légèrement allongée en atteignant 13,469 km, puis 13,640
km en 1972, quand le tronçon Arnage-Maison Blanche, tristement célèbre
par les nombreux accidents dont il avait été le théâtre,
fut remplacé par une nouvelle route, plus sinueuse et moins rapide.
La
fameuse ligne droite des Hunaudières, sur laquelle les voitures ont toujours
atteint des vitesses très élevées, n'a jamais subi aucune
modifications. La renommée et le prestige des Vingt-Quatre Heures du Mans
sont dus en grande partie précisément à cette longue ligne
droite, où les pointes de vitesse atteintes par les voitures les plus puissantes
ont souvent fait sensation. La présence de ce tronçon de route très
rapide a été la cause, en outre, depuis les années trente,
de l'intensification des recherches dans le domaine aérodynamique de la
part de nombreux constructeurs qui, sur les voitures destinées aux VingtQuatre
Heures, commencèrent à monter des carrosseries particulièrement
profilées. Ce fut sur le circuit de la Sarthe que débutèrent
en 1937 les fameuses Adler à carrosserie aérodynamique conçues
par Paul Jaray, et ce fut également au Mans que l'on vit dans les années
cinquante les prodigieuses DB et CD Panhard, qui, bien qu'équipées
de petits moteurs, réussirent à remporter des succès surprenants
grâce à leur aérodynamisme. Parmi les voitures de grosse cylindrée,
les premières à adopter des solutions aérodynamiques spécialement
étudiées pour la ligne droite des Hunaudières furent les
Bugatti 3,3 1 qui gagnèrent la course en 1937 et 1939, et les Jaguar D,
qui gagnèrent aussi en 1955, 1956 et 1957.
Mais la marque qui plus que
toute autre a misé sur l'aérodynamique dans la préparation
des voitures pour cette course a été Porsche. Ses modèles
à arrière allongé, qui obtinrent toujours d'excellents résultats,
sont demeurés célèbres.
Parmi les autres particularités
des voitures équipées pour les Vingt-Quatre Heures du Mans, on doit
rappeler l'usage consistant à peindre de couleurs différentes les
voitures d'une même équipe, afin de pouvoir identifier plus rapidement
les pilotes et les voitures. A l'origine, comme il était assez difficile
de lire à partir des stands les numéros de course des concurrents
pendant les heures nocturnes, on monta sur le côté droit des voitures
des lumières auxiliaires de couleurs.
Les Vingt-Quatre Heures du Mans
évoquent également un type de départ original, qui imposait
l'alignement en épi des voitures devant les stands avec leur pilote attendant
le signal du départ de l'autre côté de la piste. Lorsque le
drapeau s'abaissait, les conducteurs traversaient la chaussée en courant,
se précipitaient dans les voitures et démarraient.
L'adoption
de ce type de départ avait été due au fait que le règlement
des premières années n'admettait à la course que des voitures
cataloguées. Celles-ci étaient généralement découvertes
et devaient être munies de capotes, dont la présence était
obligatoirement contrôlée au départ. En effet, les concurrents,
avant même de mettre le moteur en marche, devaient lever la capote et la
conserver sur la voiture pendant les 25 premiers tours de la course. Les machines
étaient en conséquence rangées au bord de la piste, de telle
sorte que la chaussée restait libre pour permettre le passage des concurrents
plus rapides. Ce système, qui avait également l'avantage d'échelonner
les départs, évitait la formation, dans les premiers tours, de groupes
dangereux de voitures.
Récemment, après avoir constaté
que de nombreux pilotes, dans leur hâte de démarrer pour conquérir
une bonne position initiale, ne bouclaient pas leur ceinture de sécurité,
l'ancien système fut définitivement aboli et on adopta un départ
lancé du type Indianapolis.
Pour terminer, rappelons que le record des
succès est détenu par Ferrari avec neuf victoires absolues, dont
six consécutives (de 1960 à 1965) ; viennent ensuite Bentley et
Jaguar avec cinq victoires, puis Alfa Romeo et Ford avec quatre. Parmi les pilotes,
Olivier Gendebien vient en tête avec quatre succès, tous remportés
sur des voitures Ferrari ; derrière lui suivent, avec trois victoires,
Luigi Chinetti, Phil Hill, Henri Pescarolo et Woolf Barnato.
Extrait de "Alpha auto - Grande encyclopédie de l'automobile"